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Vie imaginaire d’Abraham Aboulafia

Ce texte est extrait du volume Abraham Aboulafia, L’Epître des sept voies, traduit de l'hébreu et annoté par Jean-Christophe Attias, Editions de l'éclat, 1985, nlle édition avec le texte hébreu, Editions de l'éclat, 2007.

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Le monde à venir subsiste par le yod et ce monde-ci par le hé c’est-à-dire que le monde à venir a été créé par le «Qui ?» et ce monde-ci par le «Quoi ?».
Menahot 29b



D’abord le silence du pas, les cailloux roulent sans bruit, les vagues se fracassent sur des rochers de feutre.
L’homme n’entend plus que le battement de son cœur. Il s’affole et va vers l’immobilité. On dit que le cœur danse une dernière fois avant de mourir. L’homme écoute son cœur danser. Le silence tombe comme une sentence. Un rideau sur la mer. Le ciel a rejoint l’eau et l’horizon tient dans le creux de la main. Un décor se crée à la mesure de ce cœur qui s’éteint. L’homme lève la main pour saisir dans sa paume les rochers, il voudrait vider le paysage: qu’il devienne parchemin pour y tracer son dernier livre.
— Moi, Abraham Aboulafia, à ce jour, je rejoins le silence, cette main n’écrira plus ! Les traces perdues se confondront avec la mer et le sable.
Sans bruit, toujours le monde continue le livre.
Il regarde ses mains, la droite appartient au prophète, la gauche appartient à l’homme.
— Seul juif de cette île minuscule, j’ai regardé partir les bateaux, maintenant, il faut poursuivre le voyage. Je m’étais arrêté trop longtemps! Adonaï! Tu as fait pousser l’encre et sur l’encre j’ai grandi. Mais qui a écouté mes paroles? Qui a lu mes livres? Adonaï, ton nom est écrit sur les pierres du chemin et qui y pose le pied est foudroyé, qui y porte le regard disparaît. Pourquoi m’as-tu donné des yeux? Pourquoi as-tu tracé mon chemin dans les sentiers étroits du secret? Et qu’est-ce qu’un secret qui ne se partage pas?
J’ai une voix pour parler aux hommes et seul l’écho m’écoute. Eh bien je me tais. La mort sera un long détour. La plume se figera dans l’encrier, le parchemin tombera en poussière, de la poussière une herbe poussera. Qui lira dans le dessin de ses feuilles, le livre que je n’écrirai pas? Qui? La question survit au prophète? Le vent fait plier la terre et la mer bientôt ne sera plus qu’une rivière, personne ne verra rien. Je suis devenu muet à force de parler à des sourds et sourd à force de contempler des aveugles, et maintenant la mort va refermer mes yeux. J’entendrai à nouveau, et la question ira se répercuter. Qui?
Il y a parfois dans une simple syllabe et dans son écho, un monde entier et ce monde qui se plisse annonce lui-même sa question. Mais qui l’entend parler? Y a-t-il quelqu’un qui sache regarder l’aube se lever? Des milliards d’yeux chaque jour voient poindre le soleil, mais que connaissent-ils de la lumière? J’ai respecté les hommes plus que tout au monde car le monde, pour eux, a été créé. Mais en ce jour où le monde pour moi se retire, je peux dire que l’homme ne cesse de reconstruire le chaos et chacun sait que, de cela, la mort le délivre. Pourquoi chacun ne pense-t-il le temps qu’en fonction de la part qui lui est donnée? Ne voient-ils pas à quel point l’érosion est lente? Il faut toute une vie pour parvenir à une toute petite parcelle de connaissance et la mort vient sans qu’aucune réponse ne me soit donnée. J’ai approché le secret du Nom de Dieu, mais ce n’était qu’un frôlement, il faudrait mille vies pour y parvenir.
Il y a longtemps à Saragosse, j’ai formé des nœuds sur un fil, un grand nombre, chaque fois que je pensais avoir dépassé un degré, j’ai dénoué un nœud.
Je ne dénouerai jamais le dernier. Il n’y a pas de but, il n’y a pas de dernier cercle, celui qui parcourt les chemins du tsérouf sait que le voyage est sans fin; la mort l’interrompt-elle vraiment ? Le cercle poursuit son secret à travers les siècles. Aux combinaisons des lettres, il n’y a pas de limites. L’apparence d’Aboulafia, son corps, son visage, quelle importance? Une autre main viendra à travers les couloirs du temps prendre la plume, un autre esprit entrera dans le cercle. Moi qui n’ai rien possédé, je suis le plus riche des hommes. On se partagera mon héritage pour des siècles et des siècles. Encre et papier, cercles et lumière. Quelques rouleaux au fond d’une malle. Pour cela je m’appelle Aboulafia: «le père de la flamme». Je la garde, je la surveille, qu’elle ne brûle pas mes fragiles héritiers; j’ai survécu au bûcher, il faut que mes livres aussi lui survivent. Ni tempêtes, ni loi du Christ n’ont pu me faire chanceler, mais aujourd’hui la solitude me tue. L’horizon tient dans le creux de la main et aucune main ne se tend? Ainsi je meurs sans larme et je danse. Que reste-t-il de la vie d’un homme? Tous les lieux où il est passé, ses habitudes, quelques objets. Des vides. L’espace laissé par la vague entre le sable et la mer. De l’écume. Quelque chose qu’on ne peut ramasser et se dissout entre les doigts. Il reste mes livres, mais ils sont au prophète. Abraham va se diluer dans l’histoire, son corps se défaire dans la terre. Et ces quelques éclats de vie, ces minuscules éclats où se sont figés des instants de vie, où sont-ils? Qui saura voir dans leur transparence? Qui saura les sauver de l’oubli? Qui? Tu vois Abraham, la question survit au prophète, mais survivra-t-elle à l’homme? Moi qui ai parcouru toute ma vie les vingt-deux lettres de l’alphabet, je voudrais retrouver vingt-deux éclats de ma vie, vingt-deux instants fragiles, les savourer, en sentir le goût dans ma gorge. Vingt-deux instants, cela semble si peu à celui qui est encore sur le chemin de la vie, mais pour celui qui sait qu’au bout de sa danse il y a la mort, c’est immense.
Abraham, Tu ne savais pas que le 4 du mois de Adar 5018 était un jour particulier, tu t’es assis dans une rue d’Acre, tu venais d’arriver en Terre Sainte et tu avais 18 ans...

1er éclat – Acre, 4 du mois de Adar 5018. Deux plateaux, deux chaînes les retenant. Un axe poli par les mains qui l’ont frôlé. La balance est simple. Les deux côtés sont vides, elle représente un équilibre parfait. Un rayon de soleil la frappe en plein sur le côté droit, déversant de la lumière sur le plateau de cuivre. La lumière n’a pas de poids. Aucun. Pourtant, il suffirait d’une poussière pour que le plateau bouge légèrement. Je regarde le marchand peser des fruits. L’équilibre est toujours faux; il le rétablit d’un doigt et enlève les fruits rapidement. Seuls les plateaux vides de la balance réalisent un équilibre parfait. Acre sent la poussière et je n’aime ni le bruit des armures, ni les bannières des croisés. Ma place n’est pas ici.

2ème éclat – Mon aimée, l’ambre gris que tu m’as donné s’est cassé ce matin dans ma poche. Je n’ai qu’à y laisser ma main et c’est tout le parfum de ta maison qui revient sur mes doigts.

3ème éclat –

Vingt dans le silence

vingt dans le silence

et deux dans la buée.

vingt-deux dans la buée avant la buée

vingt deux dans mon coeur

vingt dans le coeur de l'obscurité

et deux dans le coeur de la lumière

vingt deux dans le coeur du silence.

4ème éclat – Patras, 5039. Je voudrais parler de la vision du Nom, mais je ne le peux pas. Je ne le peux pas et je ne m’en sens pas le droit. Pourtant s’il se trouvait quelqu’un pour lire et comprendre ce que j’écris, je me sentirais moins seul. Je sais aussi que plus loin j’irai dans le cercle, plus je serai seul. Mais j’ai confiance en mon Dieu, ce n’est pas en vain qu’il guide ma plume.

5ème éclat – Béni soit celui qui dispose les lumières dans l’espace.

6ème éclat – J’ai quitté Barcelone hier, à destination de Livourne. En mer, c’est un autre temps qui s’écoule, et les êtres aussi sont différents. Le voleur se fait passer pour prince, le prince pour un marchand. Le philosophe pour un bouffon et le bouffon prend des airs de sage. Je regarde les yeux bleus d’un jeune italien qui rêve sur le pont. Et l’observant, je me demande si le bleu de son œil est un filtre qui bleuit le monde comme la lumière de l’intelligence intellige le monde...

7ème éclat – «Mon Dieu m’a montré une nouvelle vision, le quatrième jour du septième mois qui est la première lune du début de mes dix-huit ans. J’ai vu un homme qui venait de l’occident avec une très lourde armée. La gloire de cet homme, sa majesté et la force de son cœur font trembler toute la terre, il fait éclater les cœurs des soldats et avec eux des hommes forts. Il n’a pas de limite; sur son front, une lettre est scellée au sang et à l’encre. Et la forme de cette lettre est comme la forme d’un bâton qui décide, c’est une lettre très cachée. La couleur du sang était noire et s’est transformée en rouge et la couleur de l’encre était rouge et la voici qui devient noire, la forme de la lettre entre les deux miroirs est blanche. Il fait apparaître des choses extraordinaires et sur sa bouche circule et voyage toute l’armée des lettres. Et en voyant son visage dans le miroir, j’ai eu peur et j’ai senti mon cœur trembler. Je voulais parler, appeler le nom pour qu’il m’aide et la chose a fui de mon esprit*.»

8ème éclat – De ce jour d’Eloul, je n’ai souvenir que d’une chose: un verger de fruits et d’arbres secs. Des grenades creuses, des oranges calcinées et, dans cette sécheresse, soudain, brillant sous le soleil matinal, une seule goutte de rosée...
9ème éclat – Sur le Bet. Le point est à la lisière du repli et de l’envol, à la lisière de l’Aïn et de l’Ani, du néant et du je suis. Il pense avoir trouvé la source du temps et il regarde le temps se répandre. Il cherche son royaume, il ne sait pas que son royaume l’entoure. Il part errer à la porte de l’Aïn et le royaume reste vide.

10ème éclat – Cette nuit, je crois avoir atteint la limite ultime, deux bouches ont poussé sur moi. J’ai visité le jardin. Deux bouches ont poussé sur moi et mon ombre s’est élevée sur mon ombre. L’homme que je vais rencontré ne comprend pas ce langage, pourtant son dieu de chair je l’ai appelé «Ahi», «mon frère».

11ème éclat – Rome, le 5 du mois de Eloul 5040. Il y a une sorte de sécurité dans le fait de n’être nulle part. La nuit. Une taverne. Le vin a un goût de sel. Certains hommes meurent pour échapper à la vie et le pape s’est éteint. Que reste-t-il de son pouvoir ? J’ai été condamné à mort par un homme qui n’est plus. Que reste-t-il de sa sentence? Deux heures sonnent et on me cherche. Qui se douterait en voyant cet homme ivre que c’est Aboulafia, «père de la flamme» ?
Demain m’arrêtera-t-on pour prophétisme ou pour ivresse? Y a-t-il beaucoup d’hommes qui ont vu leur assassin mourir avant eux tout en restant innocent?

12ème éclat – Un enfant chante dans une ruelle de Rome, très tôt le matin. Un chant rouge et ocre comme les maisons de cette ville. Sa voix est frêle. Il marche entre les dalles en prenant soin de ne pas poser les pieds sur les traits. «Va di qua va di la, quello che corre pericolo corre.» Il hésite, il invente. «Va di qua; va di la, quello che cammina passato è, va di di qua va di là quello che salta arrivato è.»
Un volet s’ouvre en claquant. La ruelle tourne et l’enfant disparaît.

13ème éclat – En hébreu, la vie est plurielle et la mort est une, mes élèves ne le comprennent pas, je dois leur rappeler que la naissance est unique et que les chemins qui la sépare de la fin sont comme le parcours du sang dans le corps humain, passant par de multiples dédales.

14ème éclat – Il y a des jours que je marche et je ne me rapproche pas d’Agrigente. J’ai froid et je n’ai rien pour écrire. Dans une boue très fluide j’ai tenté de laisser l’empreinte de mon visage. La forme en creux ne me ressemblait pas. Les rides du front, l’arête du nez et la ligne inverse de la bouche, ainsi que celles des pommettes étaient comme les formes abstraites de l’alphabet hébreu, mais je n’y ai rien lu, la boue s’est refermée en effaçant la forme. Après j’ai gardé longtemps des traces de boue sur le visage. J’ai pensé que les paysans pourraient avoir peur en me voyant. Mais les gens d’ici ne savent pas ce qu’est un Golem.

15ème éclat – L’âme est une encre noire très fluide, guidée vers le cœur elle devient rouge, et blanche elle ressort du cœur et repart vers le front. Je ne peux pas en dire plus; j’ai jeté l’encre au cœur de mon âme, mais qui guide mes doigts vers la plume ?

16ème éclat

Le néant renforce la sagesse
La sagesse se renforce dans le néant
La force de la sagesse se dissout dans le néant



17ème éclat – Le bet est une écharpe de pierre qui claque au vent. Le bet est la maison de l’incroyable, il recueille en ses mains la première goutte qui est la mesure de toutes les gouttes; après elle, la source se déverse dans le ruisseau, le ruisseau dans le fleuve, le fleuve dans la mer, et la mer tourne et se rassemble dans une goutte.

18ème éclat – Le monde est usé, c’est le souffle qui le dit. L’oreille des pierres entend l’érosion et le silence perçoit le frottement du temps. Qui a senti dans ses poumons le premier glissement de l’air ? Qui a vu la première pierre luisante comme un saphir ? Et la limpidité de la première eau ? Le monde fut créé en toute limpidité. Il n’y a de perfection que dans le premier instant de la création, quand Dieu a rassemblé toute sa force et dit Cheddaï! Ça suffit! le monde a été le temps d’un souffle dans sa juste mesure. Et quand en sera-t-il ainsi à nouveau ?

19ème éclat – Une main s’est détachée du vide et roule sur des pierres tranchantes et il n’y a pas de mutilation. Cette main n’a que trois doigts, mais à chaque doigt brille une pierre. L’une est rouge, l’autre verte et la troisième bleue. La main roule et quand elle dépasse la dernière pierre, dix doigts ont poussé et les trois joyaux sont noirs, les couleurs se sont dissoutes pour écrire le livre qui dit que le noir renferme toutes les couleurs et que l’encre deviendra lumière au jour du...

20ème éclat – Un jour quand tu seras devenu mille et que tu écouteras battre tes mille cœurs et tes milles paupières, tu étendras tes mille mains devant toi et dans les mille feux entre tes doigts, tu distingueras une unique lumière. Alors tu pourras te réunifier.

21ème éclat – L’encre met au monde des formes dans la lumière éclatante et sur son lit d’encre noire, la matière blanche met au monde des lettres gonflées de sang. Après un temps parfaitement mesuré, elles se vident à leur tour et cette forme n’apparaît pas. Dans sa transparence s’épuisent toutes les valeurs des lettres. Pour tous ceux qui ont tenté de leur donner matière, Son souffle a été mortel.

22ème éclat – Le reflet vaut parfois plus que le reflété. La sagesse a deux visages et chacun veut être unique. Chacun veut être soi-même. Lequel précisément ?


Des rafales de vie sont venues se mêler aux rafales d’un cœur. Entre les battements désordonnés, il y a déjà des vides. La mort vient par plages de silence, mais le cœur, plus que l’homme, se bat. Il affronte. Il goutte encore ces saccades de vie. Des cieux perdus dans le temps se mêlent au ciel. Le bruit des pas de celui qui s’éteint résonne et le nombre des respirations, des gestes, tout s’égrène, ne se perd pas. Le soleil est une ligne jaune sur du bleu nuit. Entre ses yeux qui se ferment le paysage est abstrait, les couleurs s’obscurcissent; ciel, sable, horizon, collines basses sont des lignes nettes, le cercle du soleil s’y projette, le silence retient les roulements des vagues et l’homme dépense ses derniers souffles.
— Je me dissous dans le silence et la Terre est devenue trop petite pour moi, pourtant je n’ai pas grandi, au contraire, je ne suis pas plus grand qu’un point. La profondeur d’un point est sans limite. Qui mieux qu’une poussière peut voyager dans le cercle ? Qui mieux qu’une forme abstraite peut rejoindre le secret du Nom ?
Adonaï! El Chaddaï ! Donne-moi une dernière vision. Que je tourne ou que je meure! Personne ne sait ce qu’il y a au bout du grand vertige! Laisse-moi basculer les espaces une dernière fois Tout est sombre déjà. La nuit est venue, la dernière. Dans ma tête, il y a une grande lumière. De cette intensité, je n’en ai pas connu d’autres. Le fil tourne dans ma main et le dernier nœud se dénoue seul.

Abraham! Reprend ton nom! Aujourd’hui l’homme et le prophète ne font qu’un. Un seul corps va tomber, mais ses âmes sont multiples. Regarde! De cette vision, tu n’écriras rien. Elle s’imprimera dans le néant.

Une immense montagne bondit de pays en pays, d’îles en îles et c’est toi. Ton ombre couvre la moitié de la mer. Quand tu tournes, des précipices se creusent sur ta robe d’argile, quand tu bondis, tes sommets se redressent et touchent le ciel. Sur tes flancs, toutes les couleurs se mêlent, sur tes flancs combattent 22 mille rois. Ils se battent car chacun veut être ton Préféré. Ils tournent et s’entrechoquent et aucun ne meurt. Le ciel et la mer s’inversent et se glacent, la montagne est prise entre deux miroirs. Les rois se dédoublent et la montagne se pétrifie. Le ciel rougit. L’explosion est imminente et les rois lâchent leurs épées. Chacun sait, seule la montagne s’étonne encore, seul celui qui meurt est acteur. Un vieillard apparaît, la moitié de son corps surgit d’en haut et l’autre d’en bas, son ombre couvre la terre. Son visage est un monde mouvant et se dérobe au regard. Des mers, des gouffres, des fleuves, des montagnes, des océans, des déserts, des forêts y naissent, glissent et disparaissent. Ses mains sont immenses, elles éclipsent le soleil. Il s’approche de la montagne, lève un seul doigt et la brise. Les couleurs de ses flancs viennent se mêler au ciel. L’explosion engloutit les rois. De vastes arcs tremblants éclairent la mer et s’évanouissent. Quand le vieillard relève son doigt, la montagne explose en vingt-deux morceaux. Et la nuit efface tout...

Aboulafia! ton corps a disparu. De toi, il reste vingt-deux éclats et dans chacun, un instant de ta vie est tracé. Tu es pris dans le cercle, que tu vives ou que tu meures, ton palais est circulaire. La fin et le début se rejoignent. Tu as gommé ton apparence. Tu as fait disparaître toute chair. De toi, il reste du minéral et un cercle transparent, et dans le cercle des lettres blanches, rouges et noires. Le cercle tourne, souviens-toi! «Aux combinaisons des lettres, il n’y a pas de fin.» Le cercle roule et le livre s’écrit. Et qui saura le lire? Qui?